Jeudi 17 juillet 2008

Dans un article intitulé « Qui va payer l’addiction » paru dans Télérama cette semaine, le journaliste s’interroge sur la dépendance des adultes aux écrans. En voici de larges extraits :


On s’inquiète de la dépendance des adolescents au monde virtuel, mais celle de leurs aînés n’est pas moins grande (…) Ne niez pas. Nous sommes tous intoxiqués. Les parallélépipèdes rectangles lumineux ont conquis nos cœurs, notre quotidien. Jusqu’à nous rendre dépendants. Ordinateur, écran plat, console de jeu, mobile, qu’importe le flacon, pourvu que nous goûtions l’ivresse d’un doudou numérique, la transparence vertigineuse de cette fenêtre entrebâillée sur nos lubies, couverte de cristaux liquides dégoulinant d’attraits, qui se mesure en pouces et qui répond au doigt, presque à l’œil, d’un clic jouissif ou d’une caresse. (…) Pendant que partout les parents stressent de voir leurs enfants tuer des monstres, et des monstres tuer le temps de leurs enfants, qui s’inquiète vraiment de vos pratiques à vous, l’adulte bêta de la plage alpha? Interrogez votre addiction. Combien d’heures avez-vous passées cette année sur votre ordinateur, sans travailler? Combien de vidéos cocasses échangées sur les sites de partage fr.youtube.com ou dailymotion.com/ fr (10 millions de visiteurs uniques et 380 millions de vidéos vues par mois, 55 % des utilisateurs ayant plus de 35 ans) ? Combien de temps dépensé sans compter sur fr.facebook.com (2 millions d’inscrits en France) ? Combien d’amitiés défuntes rejaillies du passé par la magie de copains avant (5 millions d’utilisateurs)? Combien de requêtes sur Google ? Combien de blogs lus ou conçus (6 millions en France), de messages déposés dans des forums, combien de clics sur les sites d’information ou sur des pages olé olé (28 258 connexions par seconde dans le monde) ? Combien de photos numériques rafistolées sur logiciel, de musiques, de séries ou de films téléchargés, d’objets achetés sur Internet (6 internautes sur 10 sont des cyberconsommateurs) ? Avouez, vous êtes une marionnette suspendue au bout de vos fils « RSS », vous faites des bonds au-dessus de la toile, de rue89.com en yahoo.fr, de doctissimo en wikipedia, d’eBay en meetic (22 millions de cœurs inscrits dans le monde). On ne compte pas les textos, que vous envoyez par centaines, comme de parfaits ados. Selon TNS Sofres, les seules activités que vous laissez aux gamins se comptent sur les trois doigts d’un paresseux : la messagerie instantanée MSN, les vidéos et la musique téléphonée.

Et les jeux? Contrairement à une idée reçue, la moyenne d’âge du joueur est de 34 ans. Second Life est peuplé d’adultes. (…)

Dans son bureau d’ascète, table vide, trois stylos, pas d’écran, Marc Valleur, psychiatre, chef du service de soins aux toxicomanes de l’hôpital Marmottan, tempère les angoisses: « Il faut dissocier addiction et dépendance. » Si la dépendance est inhérente à la condition humaine, l’addiction en est la forme tyrannique. L’étymologie latine du mot trahit son lien à l’esclavage, à l’acte par lequel l’homme s’assujettit à un maître. L’addiction, dit la psychiatrie, c’est la «perte de la liberté de s’abstenir».

Chaque année, Marc Valleur rencontre entre cinquante et cent personnes incapables de s’abstenir de jouer en ligne, à 99 % des garçons de 16 à 25 ans et parfois des adultes qui traversent un deuil, un divorce, une crise professionnelle et qui, au lieu de se soûler d’alcool, se noient dans le jeu. Dans ces cas, selon Marc Val- leur, la cyberaddiction a trois facettes : c’est un poison, un médicament et un bouc émissaire. Un poison qui peut ruiner une vie sociale, un médicament qui agit comme un antidépresseur, un bouc émissaire dans la mesure où l’addiction est liée à une fragilité psychologique préexistante. Mais ces situations cliniques sont rares : « Il ne faut pas fabriquer un problème quand il n’existe pas. Si une personne peut cesser sa consommation sans en souffrir tout va bien ». A vous de mesurer l’intensité de votre démangeaison. Sevrez-vous une semaine. Si vous n’avez pas une envie irrépressible d’envoyer un texto quand le soleil se lève au matin du septième jour, vous allez bien, dit le médecin. (...) [Selon Michael Stora, psychologue] "La cyberdépendance est souvent liée à un manque d’estime de soi (...)Face à la dépression, le jeu permet, par exemple, au cyberdépendant d’exprimer ses pulsions d’emprise sadiques. » Cette compulsion traduirait aussi une incapacité à être seul et inoccupé, à vivre cette expérience constitutive de l’apprentissage des bébés : l’ennui. L’écran et l’anonymat qu’il induit permettraient encore de se désinhiber, d’agir à l’abri des instances qui nous tyrannisent dans le réel : l’idéal du moi. « On se construit dans le désir de perfection de ses parents. Quelqu’un qui fait tout pour correspondre à cette image idéale va être tenté d’aller flirter sur le Net avec ses propres frontières. »

A votre décharge, pouviez-vous devenir autre chose qu’un accro des écrans? En France, on compte 31 millions de télés, 55 millions de mobiles, 30 millions d’ordinateurs. Sans parler des consoles, webcams, GPS, Caméscope, appareils photo numériques... Dix écrans rayonnent en moyenne dans chaque foyer, dit la Sofres. Combien dehors ? Au japon on peut déjà lire son journal ou un roman sur un écran tactile. Bientôt, les écrans diodes (Oled) transformeront n’importe quelle vitre en écran. De quoi rendre la planète parallélépipédique.
Car, au fond, cette cyberdépendance, n’est-elle pas simplement une nouvelle norme de notre société ? Moins une addiction qu’un nouveau mode de vie ? « Jamais l’homme n’a disposé d’autant d’écrans, non seulement pour regarder le monde, mais pour vivre sa propre vie », avancent le philosophe Gilles Lipovetsky et le professeur Jean Serroy dans leur livre L’Ecran global : « L’écran est devenu un intermédiaire quasi obligé de notre rapport au monde et aux autres. Il est là comme le garant de la dimension médiatisée de la réalité. » Dans son bureau de Marmottan, Marc Valleur comparait l’impact des écrans à celui de l’imprimerie : « Pendant des siècles, un seul livre a ordonnancé le monde et, soudain, on a admis que tout le monde pouvait penser. Cela a changé le psychisme de la société et mené au siècle des Lumières. Les écrans sont en train de révolutionner eux aussi notre façon de réfléchir, notre psychisme. Personne ne sait ce qui nous attend. » Lipovetsky et Serroy sont optimistes. Selon eux, l’écran nous libère davantage qu’il ne nous emprisonne : « Plus il y a d’outils de communication virtuelle, plus les individus cherchent à se rencontrer. » La dématérialisation des échanges s’accompagnerait même d’une quête hédoniste dans le monde réel : « Si une partie importante de la vie se passe devant les écrans, une autre non moins importante investit la dimension contraire, chargée d’attentes et de plaisirs sensoriels. » Cette part de l’existence passée loin des écrans, ce temps consacré au plaisir concret, celui d’une glace à la vanille ou d’un chouchou sucré, ce morceau de vie qui équilibre les plateaux sur la balance du bonheur, bon sang, mais c’est bien sûr, c’est aussi celui de l’été. Alors, si ça « bip-bipe », restez calme, mesurez l’importance d’un texto à l’échelle de l’océan, et allez donc vous baigner en [relâchant]* le ventre.

Nicolas Delesalle
 

Bon d’accord, l’article parlait de rentrer le ventre..... ;))

par naelle
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"Est-ce qu’on pourrait, est-ce que vous pourriez envisager, et un jour accomplir, ou plutôt que s’accomplisse en vous un lâcher-prise absolu? Est-ce qu’il y a une possibilité concrète — que ce ne soit plus un rêve — de parvenir à cette détente parfaite et au relâchement complet de toutes les tensions physiques, émotionnelles et mentales, quelles que soient vos situations dans l’existence? Est-il possible de vivre dans ce climat de lâcher-prise, de cesser complètement de s’inquiéter, et de se sentir vraiment porté par le cours des choses ? Il faut certainement le souhaiter beaucoup pour s’y préparer mais ce lâcher-prise est possible. D’ailleurs il n’y a pas de « Libération » sans un lâcher-prise total et définitif. Le lâcher-prise est une attitude intérieure. Certaines images ne doivent pas être mal interprétées. Lâcher prise ne veut pas dire ne plus faire ce qui doit être fait. Et c’est là où il faut essayer de bien comprendre ce qui vous est proposé. Faire ce qui doit être fait, sans aucun doute, mais dans un tout autre état d’esprit. (…)

Cette liberté se prépare. On peut décider de lâcher prise et, à la première difficulté, reprendre la direction des opérations. L’émotion va se lever, l’ego va réapparaître et le lâcher-prise n’aura pas été véritable. Un authentique lâcher-prise ne peut être que total. On ne peut pas lâcher prise à 99 %, ce un pour cent suffira à tout compromettre et tous les problèmes renaîtront. Mais lâcher prise à 100 % n’est pas une petite affaire. Cela implique une confiance totale, une foi totale dans le destin, dans l’existence, c’est croire vraiment que ce qui me correspond, à quelque niveau que ce soit, me sera donné et que ce qui ne m’est pas donné ne m’est pas vraiment nécessaire, que c’est une distorsion de mon mental de le croire indispensable. Mais il faut tenir compte du fait qu’il y a aussi en nous ce que l’Inde appelle les samskaras, les prédispositions individuelles. Un autre dans la même situation que moi autrefois aurait toujours été convaincu que ça allait s’arranger parce que ce type de conditionnement aurait été gravé en lui. Et ces soucis, ces nuits sans sommeil, il les aurait vécus dans un autre secteur de l’existence. Le samskara c’est l’empreinte du passé, «tendance latente » à certains types de peurs et inversement certains types d’avidités, de convoitises, de crispations, qui nous font vouloir d’une manière névrotique certains accomplissements. (…) Y-a-t-il en vous des peurs injustifiées, des avidités, qui sont vraiment déraisonnables et qu’en dehors de tout lâcher prise, vous ne pouvez pas considérer comme vraiment normales, quel que soit le domaine où celles-ci s’exercent ? (…) Ces désirs si exigeants viennent de besoins fondamentaux de l’enfant, protection, sécurité, amour, contact physiques avec la mère qui n’ont pas été comblés. Les besoins non satisfaits se transforment en désirs et la puissance  de ces désirs est en effet le contraire du lâcher prise dont nous avons peut être la nostalgie."

A. Desjardins, Bienvenue sur la voie, p175 à 177

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